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Alain Genestar (Paris Match) & Maurice Szafran (Marianne) : le divorce du naïf et du donneur de leçons

Mis en ligne le 11 octobre 2005

Le 22 septembre 2005, Paris-Match a consacré sa couverture, ainsi qu’un reportage de 20 pages, au mariage de la fille de Bernard Arnault, propriétaire du groupe LVMH.

Marianne s'est alors indigné de ce reportage paru dans Paris-Match. Pourtant, ce magazine nous a habitué à couvrir les mariages des princes et des personnes riches ou célèbres.

Dans son éditorial du 6 octobre 2005 - « Chère Marianne » - à lire absolument, c’est Alain Genestar, directeur de publication de Paris-Match, qui répond à son confrère- pour justifier son choix « d’être là où ne sont pas les autres et qu’il voit ce que ne voient pas les autres ».

Au service de ses lecteurs, bien sûr : « Couvrir ce très grand mariage, élégant et rarissime, était un reportage dans un monde que les lecteurs ignorent ».

Si Alain Genestar en était resté là, sa défense aurait été honorable et respectable.

La suite de son propos mérite qu’on s’y attarde. Alain Génestar fustige l’attitude de Marianne :

« Jamais à Match nous ne critiquons la presse »

« Je suis surpris, toujours surpris, de voir que la France est le seul pays au monde où la presse surveille la presse, où le talent de journalistes s’accomplit aux dépens d’autres journalistes, où ce métier difficile est sans cesse brocardé par ceux-là même qui l’exercent, et s’en excusent sitôt qu’on leur parle en tête à tête, loin de leurs chefs. »

« La presse française est sous double surveillance. Celle des magistrats qui sifflent ses audaces. Et celle de journalistes qui assurent sa police. De ces deux surveillances, c’est la seconde qui, ici à Match où nous respectons tous les journaux et magazines, même vous chère « Marianne », de loin nous surprend le plus. Et nous navre. »

Jamais aucun média n’avait osé publier un tel hymne à l’autocensure, à la connivence, au corporatisme et surtout à la primauté accordée au copinage plutôt qu’au droit du public à être informé correctement.

Si aucun média ne critique la presse, sachant qu’aucun pouvoir n’ose la confronter, qui va dénoncer ses dérapages ?

C’est précisément ce contre quoi nous nous élevons jour après jour dans Media-Ratings : la France est le seul pays démocratique au monde où les médias se serrent les coudes face à leurs erreurs et fautes répétées.

Et jour après jour, le public sanctionne ces connivences en se détournant de la presse quotidienne qui connaît aujourd’hui de grandes difficultés.

A la faveur d’un reportage anodin sur un mariage princier, Alain Genestar met en lumière une ligne de conduite inacceptable dans une démocratie digne de ce nom : l'existence d'un pouvoir sans contrepouvoir, celui des médias.

L’éditorial d’Alain Genestar aurait pu rester lettre morte.

Mais Maurice Szafran lui a répondu dans le Marianne du 8 octobre 2005 : « Réplique au gentil Genestar ».

M. Szafran a commencé par critiquer « l’indécente fiesta de milliardaires organisée par Bernard Arnault » et a poursuivi sur « l’exhibition de consanguinité entre pouvoir économique et pouvoir politique ».

Il a voulu ensuite donner une leçon d’éthique journalistique à son confrère :

« Qu’en vertu d’une omerta corporatiste, la presse aurait le droit de critiquer tout un chacun, profs, fonctionnaires, policiers, artistes, écrivains, syndicalistes, responsables politiques.

Tout le monde, oui, sauf la presse et les journalistes. Le problème est précisément là : à cause de ce refus du débat contradictoire, le fossé ne cesse de se creuser entre le pouvoir médiatique et l’opinion ; à cause de cette conception élitiste d’un discours médiatique uniforme dont Paris-Match est l’un des distingués porte-voix, la presse hélas est en crise. Une crise terrible. Cela nous navre. »

Nous partageons pleinement l’analyse de Maurice Szafran qui affirme que le débat contradictoire est nécessaire dans une presse libre.

Que ne s’applique-t-il à lui-même cette pétition de principes ?

N’est-ce pas précisément une attitude corporatiste qui l’a conduit à publier dans Marianne du 27 novembre 2004 un article mensonger : « Pour l'honneur du journalisme. Charles Enderlin ne cèdera pas à la chasse aux sorcières ».

Cet article signé « M.S. » était un condensé de fausses informations, d’éléments tronqués et d’insinuations trompeuses destinés à couvrir l’imposture de Charles Enderlin diffusée sur France 2 le 30 septembre 2000. Devons-nous rappeler au complice d’Enderlin que cette imposture médiatique a coûté la vie à de nombreuses personnes dans le monde entier ?

On s’étonne alors que Jean-François Kahn, personnellement informé par Media-Ratings de l’imposture d’Enderlin, continue à laisser son lieutenant Szafran ternir la réputation de son journal en ne révélant pas la vérité sur ce scandale médiatique d’un tout ordre que 20 pages qui n’ont tué personne.

Pourquoi ?

Au nom de l’amitié ?

Du corporatisme ?

Du discours médiatique uniforme ?

Précisons que nous sommes prêts à répondre devant la justice de tout ce que nous affirmons.

Enfin, si M. Szafran milite pour le débat contradictoire, nous sommes prêts à l’avoir avec lui. Preuves à l’appui. Et en toute bonne foi. Il se pourrait qu’il ait été abusé par son « ami ».

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