Media-Ratings observe et analyse le contenu des médias suivants :
&
  • d'autres médias écrits et audiovisuels

Ariel Sharon en France : les médias aux ordres de l’Elysée

Mis en ligne le 30 juillet 2005

Le premier ministre israélien, Ariel Sharon, vient d’effectuer une visite officielle en France au cours de laquelle les échanges diplomatiques ont été très fructueux.

Ce séjour du chef de gouvernement israélien à Paris a donné l’occasion à Jacques Chirac d’apparaître comme un acteur important de la diplomatie internationale alors que le président français est actuellement politiquement très affaibli.

De son côté, le chef du gouvernement israélien désirait obtenir de Jacques Chirac qu’il use de son influence pour faire cesser le terrorisme qui frappe Israël, et qu’il accepte que le Hezbollah libanais soit placé sur la liste européenne des groupes terroristes.

Notons enfin qu’il existe un volet économique au grand marchandage diplomatique qui vient de se dérouler à Paris : technologie et armement israéliens contre tramways et autres biens industriels français.

S’il est normal que les dirigeants politiques français et israéliens défendent leurs intérêts et ceux de leur pays, il peut paraître étrange d’observer le revirement des médias français en faveur d’Ariel Sharon.

Il y a encore quelques mois, alors que les relations diplomatiques entre la France et l’état d’Israël étaient exécrables, le premier ministre israélien était souvent traité de « criminel de guerre » ou de « boucher de Sabra et Chatila » dans les quotidiens français, à la télévision ou à la radio.

Quelle surprise de constater leur retournement et leur soudaine amabilité avec le chef du gouvernement israélien !

On a ainsi pu entendre ce vendredi 29 juillet Jean-Pierre Elkabbach interroger Ariel Sharon sur Europe 1 pendant 30 minutes en lui laissant la possibilité d’exposer ses arguments, et sans jamais lui opposer de contradiction. Pour mémoire, au matin des attentats de Madrid du 11 mars 2004, M. Elkabbach avait demandé à la porte-parole de l’armée israélienne quelles étaient les responsabilités de son pays dans les attentats qui venaient de frapper la capitale espagnole…

De même, France 2 et France 3 ont chacune offert un entretien complaisant au premier ministre israélien.

Pour chercher à justifier leur changement de ton, certains journalistes expliqueront certainement que ce ne sont pas eux qui ont changé, mais Ariel Sharon qui a évolué et que sa politique s’est métamorphosée.

Pourtant, rappelons que lorsque le premier ministre israélien avait annoncé, au printemps 2004, son intention de se retirer de Gaza, Jacques Chirac avait violemment critiqué cette décision.

A l’époque, les médias français avaient suivi les propos du président français et avaient sévèrement commenté l’annonce du retrait israélien de Gaza.

A ceux que cette soudaine « lune de miel » entre Jacques Chirac et Ariel Sharon inquiète ou réjouit, une question se pose : compte tenu de la nature fragile de la réconciliation franco-israélienne, comment réagiraient les médias français, si par accident, la relation entre MM. Chirac et Sharon venait à se détériorer ? Et si le président français renouait avec la Syrie ?

Nul doute que, fidèles au président, ils reprendront naturellement leurs virulentes critiques à l’encontre du premier ministre israélien.

Il apparaît donc que la plupart des médias français enfreignent les critères suivants de la méthode PHILTRE :

- Indépendance : par rapport à leurs sources,

- Liberté : par rapport à leur actionnaire.

Pour mémoire, rappelons que dans le cadre de la préparation de cette visite du premier ministre israélien à Paris, les médias français avaient déjà obéi aux injonctions élyséennes en taisant le fait qu’une journaliste française de RFI avait été refoulée d’Israël le 3 juillet 2005.

N'hésitez pas à réagir à cet article
Envoyer cet article à un ami
Recevez l'actualité de Media-Ratings :

contact@M-R.fr