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Référendum : manipulations avant, manipulations après ?

Mis en ligne le 17 juin 2005

Lors de la campagne sur le Traité Constitutionnel Européen, de nombreux dysfonctionnements médiatiques ont eu lieu et ont eu pour effet d’inciter les électeurs à voter dans un sens ou dans un autre.

Voici certaines perles que nous avions publiées à ce sujet :

- L’Humanité serait-il devenu un tract pour le « non » ?

- Le Figaro favorise le « oui » : erreur volontaire ou lapsus révélateur ?

- France-Info : voter « non » serait une catastrophe pour la lutte contre le sida…

- Bernard Guetta : porte-parole et porte-silence de M. Chirac

D’autres écarts journalistiques ont été constatés.

Ainsi, durant la campagne référendaire, une série d’articles publiés dans certains quotidiens français ont laissé croire que le taux de TVA appliqué à la restauration en France pourrait être réduit à 5,5 %.

Le 4 mai 2005, Le Figaro titrait en première page « TVA : Le cadeau de Bruxelles à Paris » et renvoyait vers un article en page économie : « Fiscalité : à un mois du référendum sur la Constitution, l’UE donne son feu vert à la TVA à 5,5% » qui annonçait un « coup de pouce de Bruxelles aux restaurateurs français ».

Notons toutefois, que l’article était beaucoup moins optimiste puisqu’il annonçait que cette réduction devait, pour pouvoir prendre effet, être votée à l’unanimité par les membres de l’Union Européenne le 7 juin 2005. Or certains Etats, parmi les 25, étaient déjà réticents à la réduction de la TVA.

Libération du 5 mai 2005 titrait : « L’Europe aux bons soins des restaurateurs », puis affirmait que « La TVA serait réduite à partir de 2006 pour des services qui sont de nature locale et ne soulèvent pas de distorsion de concurrence dans le marché ». Cet article était suivi d’une interview du président de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie intitulée « On a bénéficié de circonstances favorables » très optimiste sur la « victoire » des restaurateurs pour obtenir cette réduction de TVA.

Mais, le 8 juin 2005, les ministres des Finances des 25 n’ont pas réussi à se mettre d’accord et la réduction de TVA n’a donc pas été obtenue par la France.

Après la victoire du « non » au référendum du 29 mai 2005, de nombreux médias français ont alors culpabilisé les électeurs français en leur laissant penser que les problèmes que la France rencontrait, lors des négociations européennes, étaient dus au rejet du traité.

Ainsi, Libération du 2 juin 2005 a affirmé : « Dès le début de la semaine prochaine, il [Thierry Breton] devra affronter à Luxembourg le regard de ses collègues de l'Eurogroupe et du Conseil Ecofin, où la France risque d'avoir plus de mal à faire prévaloir ses positions sur la TVA sur la restauration, les dépenses agricoles européennes ou le futur budget de l'Union.»

De même, Le Monde du 13 juin 2005 impute au « non », les attaques que subit actuellement la Politique Agricole Commune (PAC) : « Le non des Français au référendum sur la Constitution renforce aujourd'hui les attaques des détracteurs de la PAC. ».

Or, les négociations sur la réduction de la TVA dans la restauration, celles sur la PAC ou encore sur le budget européen, ne dépendent pas du résultat du référendum du 29 mai 2005.

En culpabilisant ceux qui ont voté « non » et en leur imputant l’ensemble des tracas que doit affronter l’exécutif français, ne serait-on pas en train de conditionner l’opinion publique française afin qu’elle se repente d’avoir rejeté le Traité Constitutionnel Européen ?

Ainsi conditionnés, les Français pourraient plus facilement accepter le traité lors d'un nouveau référendum ou après une ratification parlementaire.

Cela ne serait pas improbable puisque Jacques Chirac a appelé ses partenaires européens à poursuivre la ratification du traité.

Enfin, Le Monde, du 15 juin 2005, a publié une opinion de Valéry Giscard d’Estaing qui nous éclairait sur la stratégie qui pourrait être employée par les autorités françaises. Il y évoquait, en effet, l’idée de « sauver la Constitution européenne » après la ratification de tous les autres états membres de l’UE et après avoir attendu «… que le temps ait dissipé, aux yeux des Français, la tromperie de la renégociation miraculeuse. Le projet de Constitution a pour seul objet de corriger les défauts et les insuffisances du système actuel. Laissons nos compatriotes redécouvrir ces défauts et ces insuffisances, et rechercher les remèdes possibles ».

Pour Valery Giscard d'Estaing, il ne fait pas de doute que les Français accepteront un jour le Traité.

Notons qu’une dépêche AFP du 16 juin 2005 est venue confirmer cette inclinaison puisqu’elle nous apprenait qu’une « très large majorité des 25 Etats membres de l'Union européenne » venait de se prononcer au Sommet de Bruxelles pour «prolonger, au-delà de novembre 2006, le processus de ratification de la Constitution » afin de sauver cette dernière.

Il apparaît donc que, dans le cadre des suites au référendum français, le critère suivant de la méthode PHILTRE a donc été enfreint par de nombreux médias français :

- Précision : exactitude, contextualisation de l'information, séparation de l’information et des commentaires.

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