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Bernard Guetta : porte-parole et porte-silence de M. Chirac

Mis en ligne le 26 avril 2005

Bernard Guetta est un journaliste spécialiste des affaires étrangères.

A ce titre, il est l'auteur de l'éditorial international quotidien de France-Inter à 8h15 - « Géopolitique » - et d’une chronique hebdomadaire dans L’Express.

Comme nous l’avions signalé dans « Le Figaro favorise le « oui » : erreur volontaire ou lapsus révélateur ? » et « L’Humanité serait-il devenu un tract pour le « non » ? », certains médias affichent leur opinion, de façon plus ou moins claire, pour le « oui » ou pour le « non » au référendum du 29 mai 2005.

De son côté, Bernard Guetta a choisi de défendre le « oui », mais pas seulement. En effet, il a ajouté à ce choix politique une caractéristique propre : quel que soit le sujet de politique internationale abordé, il défend la position de Jacques Chirac et celle du Quai d’Orsay, et devient ainsi leur porte-parole.

Toutefois, lorsqu’une orientation de la politique étrangère de la France est embarrassante, il cherche, et parfois trouve, des arguments pour la justifier. Mais quand il n’en trouve pas, il fait tout simplement l’impasse sur le sujet et devient donc le « porte-silence » de L’Elysée.

Voici quelques exemples de cet alignement automatique de Bernard Guetta sur les positions de la diplomatie française.

Bernard Guetta et le « oui » au référendum du 29 mai 2005

Sur France-Inter, Bernard Guetta a consacré de nombreux éditoriaux à la défense du « oui » au référendum du 29 mai 2005. Depuis quelques semaines, il fait de la pédagogie en racontant l’histoire de la construction européenne et du traité constitutionnel, puis explique de façon positive certains articles de celui-ci.

Voici deux citations extraites des chroniques de M. Guetta qui sont de véritables plaidoyers en faveur du « oui » :

Chronique du 18 mars 2005 : « Non seulement il serait long et difficile de recoller les morceaux après un « non » français mais, ayant rejeté l’actuel projet de Constitution sans offrir de projet alternatif, ayant réduit à néant un effort commun par le seul effet de son bon plaisir, la France n’aurait ni les idées ni le crédit nécessaires pour reprendre les rênes politiques de l’Europe.

L’Europe stagnerait. L’influence française y serait réduite. A l’heure de la toute puissance américaine et de l’envol chinois, ce serait pour le moins dommageable».

Chronique du 21 février 2005 : « Chacun sent si bien, au fond de soi, que nous ne nous porterions pas mieux mais moins bien sans cette marche vers l’union, que nous avons des traditions et une culture politique communes, que nous avons besoin de cette unité continentale pour peser, économiquement et politiquement, face à la Chine ou aux Etats-Unis que personne ne veut vraiment risquer de défaire ce qui a été fait. »

Tout occupé à la défense du « oui » au référendum, notons que Bernard Guetta a réussi à ne pas parler de l’élection du nouveau pape, Benoît XVI. Du moins sur France-Inter. Car pour ce qui est de L’Express, M. Guetta a consacré au nouveau pape une chronique plutôt critique, en raison notamment de l’ opposition de Benoît XVI à l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne.

A l’instar de M. Chirac, Bernard Guetta défend l’entrée de la Turquie dans l’UE

Chronique du 13 décembre 2004 qui commente un sondage montrant que les Français sont, en grande majorité, hostiles à l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne : « Il y a là un double paradoxe. Non seulement nous perdons, par ce refus, l’amitié d’un puissant pays, en plein boom économique, mais les Français sont aussi massivement hostiles à l’adhésion turque qu’ils l’étaient à l’intervention en Irak alors que nous pouvons là réussir par la paix ce que les Américains échouent à faire par la guerre : ancrer l’Islam à la démocratie. »

Chronique du 15 décembre 2004 : « A l’heure où les djihadistes voudraient tant précipiter le monde musulman dans un affrontement avec l’Occident, notre intérêt n’est certainement pas d’apporter de l’eau à leur moulin en allant, nous, dire, comme eux, qu’il y aurait une incompatibilité entre l’Islam et la démocratie. Notre intérêt est de prouver le contraire, d’aider la Turquie à affirmer sa démocratie, à devenir le pays européen qu’elle veut être et qu’elle est déjà largement, d’en faire l’exemple d’une pleine et complète démocratie musulmane. »

Bernard Guetta et les Ivoiriens tués par l’armée française

Le 30 novembre 2004, l’armée française reconnaissait avoir tué « une vingtaine » d’Ivoiriens lors d’affrontements qui se sont déroulés en Côte d’Ivoire entre les 6 et 9 novembre 2004.

Cet aveu a été effectué sous la pression de la diffusion imminente, par Canal +, d’images accablantes pour les autorités françaises : Côte d’Ivoire : les médias français repêchés par Canal Plus et L’Humanité.

Bernard Guetta n’a jamais parlé des morts ivoiriens.

Bernard Guetta et les soucis de Kofi Annan

Depuis plusieurs mois, la presse internationale publie de nombreux articles mettant en cause le secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, son entourage professionnel et personnel, ainsi que certains employés de l’ONU : corruption, blanchiment, dessous de table, harcèlement sexuel, abus sexuels, favoritisme...

Malgré ces nombreuses révélations, Bernard Guetta n’a, à aucun moment, évoqué les soucis de Kofi Annan ; même lorsque ces informations étaient confirmées par des démissions, des aveux ou des rapports indépendants.

Rappelons que la diplomatie française soutient avec force le secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan.

Pour plus d’information sur ce sujet, voir : Le Monde et Valeurs Actuelles, seuls à nous informer sur les soucis de Kofi Annan

Bernard Guetta et la Syrie

Bernard Guetta aligne aussi ses chroniques sur les positions du gouvernement français vis-à-vis de la Syrie et s’adapte ainsi parfaitement aux revirements diplomatiques de Jacques Chirac.

Ainsi, lorsque M. Chirac était proche du président syrien et soutenait sa politique, M. Guetta décrivait le Liban comme un «pays en paix » : les otages du Liban, 17 ans après.

A l’automne 2004, la France a, conjointement avec les Etats-Unis, fait voter la résolution 1559 de l’ONU exigeant le départ des troupes syriennes du Liban. Jacques Chirac ayant pris ses distances vis-à-vis de Damas, Bernard Guetta s’est alors rendu compte de « l’annexion rampante du Liban par la Syrie » dans sa chronique du 15 février 2005 : « L’ombre syrienne ».

Pour plus d’information sur ce sujet, voir : Mort de Rafic Hariri : la servilité des médias français passe avant la présomption d'innocence

Bernard Guetta et la visite de Vladimir Poutine à Paris

Le 18 mars 2005, le président russe, Vladimir Poutine, était en visite officielle à Paris.

Dix jours plus tôt, l'armée russe tuait le président tchétchène, Aslan Maskhadov.

Compte tenu de la concomitance de ces événements, de nombreux médias se sont interrogés sur la façon dont Jacques Chirac allait aborder ce sujet épineux avec le président russe.

Tel n'a pas été le cas de Bernard Guetta qui, ce jour là, a préféré traiter de son sujet favori : le référendum sur le traité constitutionnel européen.

Ce choix a permis à Bernard Guetta de ne pas évoquer les nombreuses questions que soulevaient la venue de Vladimir Poutine à Paris, parmi lesquelles l’assassinat du président tchétchène et la guerre du Caucase, l’orientation peu démocratique que prenait la Russie ou l’interventionnisme russe dans les élections ukrainiennes passées.

Bernard Guetta avait-il peur d’embarrasser Jacques Chirac en abordant des sujets que ce dernier n’a pas osé évoquer avec Vladimir Poutine ?

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Si ces quelques exemples ne vous ont pas convaincu, nous vous invitons à chercher un éditorial ou une chronique de Bernard Guetta qui s’éloignerait de la ligne diplomatique de Jacques Chirac. Et si vous y parveniez, merci de nous en informer.

Il apparaît donc clairement que Bernard Guetta enfreint régulièrement les critères suivants de la méthode PHILTRE :

- Précision : séparation de l’information et des commentaires,

- Homogénéité : présentation équilibrée des avis divergents,

- Liberté : liberté par rapport à l’actionnaire du média, autocensure,

- Exhaustivité : hiérarchisation de l’information, non recours à l’occultation volontaire de certaines informations.

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