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Daniel Schneidermann : texte, mensonges et vidéos

Mis en ligne le 18 mars 2005

Daniel Schneidermann (« DS ») présente l’émission Arrêt Sur Images (« ASI ») chaque dimanche sur France 5. Il publie aussi une chronique consacrée aux médias chaque vendredi dans Libération.

Pour compléter cette présence médiatique, DS anime un blog - BigBangBlog.net - en association avec un des chroniqueurs d’ ASI, David Abiker.

C’est ce média alternatif que DS a choisi, le 13 mars 2005, pour évoquer l’affaire de la mise en scène de France 2 que nous avons déjà abondamment traitée :

- France 2 : Charles Enderlin et Arlette Chabot doivent être démis de leurs fonctions immédiatement

- Mise en scène d’Enderlin : Arlette Chabot devrait lâcher son falsificateur

- Nouveaux éléments accablants dans la mise en scène de France Télévisions

- Marc Tessier peut-il rester président de France Télévisions ?

- Affaire Enderlin : France Culture défie France Télévisions

Puisque DS s’adresse à nous dans son texte, que nous vous invitons à lire - Charles Enderlin et le petit Mohammed : l’éternel retour de la polémique - et qu’il a eu la courtoisie de nous en informer, voici notre réponse.

Précisons avant tout que nous avons eu de nombreux contacts avec DS et son équipe : rencontres, appels téléphoniques, visionnage d’images, échanges de mails.

Afin d’être précis et exhaustif, nous allons reprendre en détail le texte de DS.

Commençons par rectifier une information sur DS que nous avions diffusée dans « Mise en scène d’Enderlin : Arlette Chabot devrait lâcher son falsificateur ».

Nous y avions sous-entendu que DS était lié à France Télévisions pour des raisons économiques, au travers de la société qui produit ASI. DS nous apprend qu’il ne possède pas la société de production qui produit l’émission dominicale de France 5. Dont acte.

En effet, DS n’apparaît pas dans les documents légaux de Riff International Production qui produit ASI.

Les dirigeants de cette société sont : Vincent Lamy, Colette Taïeb née Porlier et Elie Taïeb qui se fait appeler « Alain Taïeb » au générique de l’émission.

Toutefois, le livre que vient de publier Jean-Marc Morandini L’enfer du décor - nous apprend que le salaire mensuel de DS est de 15 000 €.

Dans une interview publiée dans le Parisien – Aujourd’hui en France du 15 mars 2005, M. Morandini déclare : « Il y a des choses bizarres comme, par exemple, savoir que Daniel Schneidermann gagne plus sur France 5 que David Pujadas qui présente le 20 Heures de France 2 ».

Nous espérons que ce n’est pas parce que Jean-Marc Morandini a révélé le salaire de DS que ce dernier lui consacre une chronique insultante ce vendredi 18 mars 2005 dans Libération. Notons qu’il prend bien soin de ne pas citer le livre que vient de publier M. Morandini, « L’enfer du décor ».

Venons-en maintenant au texte de DS

Nous ne répondrons pas aux accusations outrancières : « scénario à la Meyssan», «révisionnistes », « Faurisson »…

- Dès le deuxième paragraphe de son article, DS place Media-Ratings dans la « blogosphère pro-israélienne ».

Deux « erreurs » en une expression : Media-Ratings n’est pas un blog mais une entreprise privée et la première agence de notation des médias. Par ailleurs, nous ne sommes ni pro-israéliens, ni pro-palestiniens, ni pro-quoi-que-ce-soit, puisque nos analyses sont basées sur la méthode PHILTRE.

Pour information, nous avons été récemment accusés de « rouler pour la Syrie » lorsque nous avons publié « Mort de Rafic Hariri : la servilité des médias français passe avant la présomption d’innocence », d’être « pro-islamistes » lorsque nous avons publié « Pour Le Figaro, tous les musulmans seraient-ils des islamistes ? », d’être pro-israéliens pour notre série d’articles sur la mise en scène d’Enderlin, d’être pro-catholiques intégristes pour « Mais qu’a vraiment dit Rocco Buttiglione ? », et même anti-cléricaux pour « La Croix bidonne-t-elle en Irak ? »

A toutes fins utiles, rappelons que la rédaction de Media-Ratings est multiconfessionnelle.

- Au troisième paragraphe, DS écrit : « Charles Enderlin est l’auteur d’un reportage sur la mort d’un enfant palestinien, Mohammed Al Dura, le 30 septembre 2000 ».

Encore deux « erreurs » en une seule phrase. Enderlin n’est pas «l’auteur » de ce reportage mais seulement le commentateur. Il se trouvait à Ramallah lorsque les images de Gaza ont été tournées. DS sait que l’ enfant n’est pas mort ce jour là puisqu’il dispose de tous les éléments pour comprendre que c’est une mise en scène.

Puis, DS affirme « Il est fréquent que les médias occidentaux ne soient représentés, lors des moments de tension dans les territoires palestiniens, que par leurs collaborateurs d'origine palestinienne, seuls à pouvoir matériellement y opérer. »

L'explication sur l'absence de Charles Enderlin au moment des faits, bien que parfaitement exacte, soulève des problèmes d'éthique journalistique.

Est-il normal, en effet, que la principale source d'information d’un conflit soit issue d’une des parties intervenantes ?

- Au cinquième paragraphe, DS s’intéresse aux dénégations contradictoires de l’armée israélienne. Mais pourquoi omet-il de citer l’annonce la plus récente ?

En effet, pour l’Etat d’Israël, comme pour tous ceux qui ont analysé ces images honnêtement : il s’agit d’« une imposture médiatique» comme l’a récemment affirmé Raanan Gissin, porte-parole du Premier ministre israélien.

- De même, au septième paragraphe, DS occulte les informations qui l’embarrassent. Il affirme, en effet, contre toute évidence, qu’« aucune information nouvelle sur la mort du petit Mohammed » n’est apparue depuis l’enquête d’un général israélien, qui a été réalisée quelques mois après les faits. Or, ceci est faux, comme le prouvent les différents éléments nouveaux relevés dans notre série d’articles, citée plus haut, consacrée à l’affaire.

DS sait tout cela, et nos échanges le prouvent.

- Le huitième paragraphe commence aussi par une contrevérité : « L’affaire rebondit à l’automne dernier… Dans cette nouvelle version, ce n’est plus seulement sur l’origine des tirs que porte la contestation, mais sur la réalité même de la mort de l’enfant ».

DS sait que cette contestation ne date pas de l’automne dernier mais de la fin 2002.

Il ironise ensuite : « Toute la scène aurait été fabriquée de toute pièces, et jouée par de machiavéliques figurants palestiniens… », avant d’affirmer : « ils produisent des rushes de Talal Abou Rameh [le caméraman de France 2]… ».

Tout cela n’est pas vrai, ces images viennent de Reuters et de l’Associated Press. Et pour ce qui concerne la « scène fabriquée de toutes pièces », ceux qui ont eu accès aux images de l’agence Mena, ainsi qu’à celles non diffusées par France 2, ont vu que sur les 27 minutes de rushes, il y a au moins 24 minutes de saynètes jouées. Pour ceux qui en doutent, il suffit de lire les déclarations de Denis Jeambar et Daniel Leconte. D’ailleurs, DS reconnaît, plus loin dans son texte, qu’il arrive que les Palestiniens jouent des saynètes pour manipuler les médias.

Lorsque DS parle de « l’impact des balles dans les corps de Mohammed et de son père », force est de constater qu’ il trompe ses lecteurs puisque toute personne qui regarde attentivement les images de France 2, voit qu’ il n’y a pas d’impact de balles sur les corps du père (qui aurait tout de même reçu 8 balles) et sur celui de l’enfant (qui serait mort).

- Au neuvième paragraphe, DS s’en prend à MM. Jeambar et Leconte en les décrivant comme « Alléchés par l’énormité de l’affaire ». Ces derniers ont pourtant eu le courage d’analyser les faits sans à priori, contrairement à la plupart de leurs confrères qui n’ont pas daigné les considérer.

Dans ce même paragraphe, DS trouve normal qu’Arlette Chabot dépêche Talal Abou Rameh pour filmer les cicatrices du père de l’enfant.

N’aurait-elle pas dû envoyer un autre journaliste dont l’impartialité n’aurait pu être mise en doute ?

DS affirme ensuite que « les blessures du père correspondent bien aux impacts de balles (difficilement) observables sur l’image ». Ceci est faux puisque les impacts ne sont pas du tout visibles sur les images.

- Au dixième paragraphe, DS affirme avoir reçu des « menaces et des pressions » et nous cite juste après. C’est absolument faux, bien évidemment, et nous le mettons au défi de démontrer ce qu’il avance. Nous n’avons fait que le tenir informé de la suite de l’enquête.

- Au douzième paragraphe, DS affirme détenir les rushes de Talal Abou Rameh « depuis le début ». Il est donc le seul à ne pas avoir vu les saynètes tournées dans ces images.

Au passage, il nous apprend tout de même une chose importante : on ne peut « rien conclure sur la mort de l’enfant ».

Mais alors, pourquoi Charles Enderlin a-t-il affirmé que l’enfant était mort, après avoir été la cible de tirs venant de la position israélienne ?

Plus loin, DS affirme à nouveau que « Ces rushes ne prouvent rien ». Ni la mort, ni la simulation. Dans ces conditions, ne faudrait-il pas reprendre toute l’enquête ?

Pourquoi, si DS détient réellement les images « depuis le début », ne pas avoir questionné Charles Enderlin sur « ces rushes qui ne prouvent rien » lors de l’émission d’ ASI qu’il a consacrée à cette affaire en 2002 ?

- Au treizième paragraphe, DS cite l’émission courageuse qui a été faite par Elisabeth Lévy sur France Culture. Mais DS occulte l’essentiel. France 2 n’a pas autorisé Charles Enderlin à venir s’expliquer, tandis que l’équipe de France Culture n’a pu voir les fameux rushes.

Puisque DS affirme détenir les rushes, pourquoi ne les montre-t-il pas à Mme Lévy ?

- Au quatorzième paragraphe, DS justifie son silence en affirmant que « Consacrer un dossier à l’affaire revient irrésistiblement, à mes yeux, à accréditer l’idée qu’il y a quelque chose de louche dans ces rushes de France 2 ».

Pour DS, que 24 minutes sur 27 soient des mises en scène, ce n’est pas troublant ! Il ne trouve pas cela « louche ». Rappelons pourtant que France 2 a affirmé, pendant 4 ans, que ces rushes étaient des preuves irréfutables de la mort de l’enfant, sans avoir jamais accepté de les diffuser.

- Au quinzième paragraphe, DS concède que la défense d’Enderlin est maladroite. Mais il met cela sur le compte de l’ affolement et sur la faiblesse des batteries du caméraman ! En effet, ce dernier avait juste assez d’énergie avant, pour tourner des saynètes, juste assez après pour filmer l’enfant « mort », levant le coude et regardant la caméra, mais pas assez pour filmer son agonie. C’est curieux !

Ensuite, DS suggère à Enderlin la réponse qu’il aurait dû produire face aux accusations de mise en scène « pourquoi vous êtes-vous si longuement attardé sur ces images insoutenables ? »

Si telle avait été la réponse d’Enderlin, voici ce que nous lui aurions répondu : « ces images ne sont pas insoutenables car à la fin, l’enfant est toujours vivant, c’est plutôt une bonne nouvelle ».

Nous aurions aussi ajouté que « nous nous sommes attardés sur ces images parce que des éléments prouvant que c’est une mise en scène nous sont apparus ».

- Au seizième paragraphe, DS invoque « l’orgueil mal placé des journalistes » et au passage en profite pour tronquer les déclarations les plus récentes d’Enderlin. En effet, DS rappelle qu’Enderlin maintient (forum du Nouvel Obs du 10 février 2005) que « les tirs venaient de la position israélienne » alors que cela contredit les conclusions de la commission israélienne et qu’il n’était pas lui-même sur place. Mais DS oublie de rappeler qu’ Enderlin a réaffirmé dans ce même forum du Nouvel Observateur qu’il aurait dû montrer les images de l’agonie . Images qui n’existent pas, comme l’affirment tous ceux qui ont vu les rushes, y compris DS.

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Le plus étonnant, dans ce texte publié par DS, c’est qu’il s’éloigne de la vérité presque à chaque ligne. Sciemment.

Or tout cela est aisément vérifiable.

Pourquoi continuer à dissimuler la réalité ?

Et jusqu’à quand cela se poursuivra-t-il ?

DS prendra probablement ces questions pour des pressions, voire des menaces.

Dans sa conclusion, DS pose la question suivante : « les téléspectateurs de France 2, au total, ont-ils été correctement informés ? »

Sa réponse est claire : « Pour ma part, je pense que oui. En plusieurs étapes certes, tout au long de ces quatre années, mais au total, aussi complètement que possible. »

Il faut alors relire attentivement l’article de DS pour prendre la mesure de toutes ses incohérences.

Mais au fait, si les rushes secrets de France 2 confirment les propos d’Enderlin, pourquoi ces images ne sont-elles pas diffusées pour faire taire définitivement toute contestation ?

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Ce texte a été communiqué à Daniel Schneidermann afin qu’il le publie sur son Big Bang Blog.

Ce qu’il a refusé de faire en nous accusant de l’attaquer « au dessous de la ceinture ».

Sur le fond de l’affaire Enderlin, DS n’a répondu sur aucun des points litigieux.

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