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L’Etat, poids lourd des médias français : et alors ?

Mis en ligne le 20 janvier 2005

Jacques Chirac a annoncé le 7 janvier 2005 le lancement d’une commission sur la concentration et le respect du pluralisme dans les médias.

Trois jours plus tard, Jean-Pierre Raffarin, alors qu’il annonçait la création de cette commission, affirmait : « Le pluralisme est nécessaire à la presse comme il est nécessaire à la démocratie. »

Il existe déjà un dispositif législatif destiné à limiter la concentration des entreprises audiovisuelles. Il s’agit de la loi de 1986 – loi Léotard – qui a été modifiée en 1994, en 2001 et en 2004.

Or d’après cette loi, il est notamment interdit pour un investisseur privé de :

- détenir plus d’une télévision de diffusion nationale,

- détenir à la fois une télévision analogique de diffusion nationale et une télévision de diffusion locale,

- détenir plus de 49% du capital d’une télévision analogique dont la diffusion est nationale,

- détenir, de manière directe ou indirecte, plus de 15% du capital dans deux télévisions analogiques nationales,

- détenir plus de 5% de capital dans trois télévisions analogiques nationales,

- détenir plus de trois radios nationales.

Rappelons que l’Etat, qui s’inquiète de la concentration des groupes financiers privés dans les médias, contrôle notamment le groupe Francetélévisions (France 2, France3, France 5 et bientôt France 4) et l’ensemble Radio France (France Inter, France Info, RFI, France Culture, FIP, France Bleu, France Musique).

Ajoutons que l’ Etat contrôle aussi la principale agence de presse française, qui est souvent la source principale de nombreux médias publics et privés, l’Agence France Presse.

On constate donc que, si la réglementation destinée à limiter la concentration dans les médias s’appliquait à l’Etat, les dispositions des lois précitées seraient très largement enfreintes.

Toutefois, ces lois ne s’appliquent qu’aux groupes financiers privés.

Mais alors pourquoi, si l’esprit de ces lois est d’assurer le pluralisme dans les médias, ces lois s’appliquent-elles uniquement aux groupes financiers privés et pas à l’Etat ?

Pourquoi les médias, publics et privés, n’ont-ils pas évoqués cette situation paradoxale dans leurs articles relatifs au lancement de cette commission ?

Est-ce parce que le groupe Francetélévisions (France 2, France3, France 5 et bientôt France 4) est un important annonceur de la presse quotidienne ?

En ne précisant pas le contexte dans lequel se situait le lancement de cette commission la plupart des médias ont enfreint deux critères de la méthode PHILTRE, celui de Précision (non contextualisation de l’information) et celui d’ Indépendance (en l’occurrence par rapport à un de leurs annonceurs).

Notons toutefois deux éléments plutôt rassurants de cette commission annoncée :

- d’une part, le gouvernement a dit souhaiter qu’elle soit composée de membres non marqués politiquement,

- d’autre part, le premier professionnel des médias qui a été annoncé dans cette commission est une personnalité unanimement reconnue pour ses compétences, son intégrité morale et intellectuelle : Francis Balle. Professeur de sciences politiques et ancien membre du CSA, il est l’auteur de nombreux ouvrages de référence sur les médias, notamment les incontournables « Médias et Société » et le « Que sais-je : Les médias ».

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