Media-Ratings observe et analyse le contenu des médias suivants :
&
  • d'autres médias écrits et audiovisuels

Le Monde et Valeurs Actuelles, seuls à nous informer sur les soucis de Kofi Annan

Mis en ligne le 10 décembre 2004

Depuis quelques semaines la presse américaine publie de nombreux articles mettant en cause le secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, son entourage professionnel, le personnel de l’ONU ainsi que son fils Kojo Annan.

Rumeurs de corruption, blanchiment, dessous de table, pots de vin, harcèlement sexuel, abus sexuels, favoritisme apparaissent ponctuellement dans la presse américaine.

Kofi Annan a par ailleurs été récemment accusé par le sénateur républicain Norm Coleman de n’avoir pas su détecter et arrêter la corruption de hauts fonctionnaires de l’ONU dans le cadre du programme « Pétrole contre nourriture », ni empêcher Saddam Hussein de détourner plus de 20 milliards de dollars à son profit. Ce programme avait été mis en place en 1996 pour répondre aux besoins humanitaires des Irakiens. Norm Coleman a ainsi appelé à la démission du secrétaire général de l’ONU.

Kofi Annan a aussi été mis en cause pour avoir protégé des responsables de l’ONU soupçonnés de harcèlement sexuel. Ceci a provoqué une grave crise interne au sein de l’organisation, conduisant le personnel des Nations unies à déposer une motion de défiance, le 19 novembre 2004, tout d’abord à l’encontre de Kofi Annan (ce qui aurait été une première dans l’histoire des Nations unies) avant de finalement se raviser pour ne la déposer qu’à l’encontre de la direction.

Enfin, dernière accusation en date : Kojo Annan aurait été rétribué jusqu’en février 2004 par une société suisse, la Cotecna, travaillant pour l’ONU dans le cadre du programme « Pétrole contre nourriture ».

Nous avons donc analysé la façon dont les médias français ont traité ces informations au cours des dernières semaines.

L’Humanité n’en a rapporté aucune.

Libération a évoqué le 20 novembre 2004, dans une brève intitulée « Kofi Annan suscite la défiance », la motion déposée par le personnel contre la direction de l’ONU. Toutefois l’affaire « Kojo Annan » et les mises en cause du sénateur Norm Coleman n’ont jamais été évoquées dans les pages internationales. Cependant, dans un éditorial de Jacques Almaric du 9 décembre 2004, consacré aux attaques qu’a subies le secrétaire général de l’ONU « Kofi Annan, le nouvel homme à abattre », le journaliste reconnaît que les déclarations contradictoires de Kofi Annan au sujet de son fils ont contribué à affaiblir sa position. Par ailleurs, Jacques Almaric informe ses lecteurs qu’entre 10 et 21 milliards de dollars ont été détournés par Saddam Hussein dans le cadre du programme « Pétrole contre nourriture ». Il rapporte aussi que le dictateur irakien a effectué des ventes illégales de pétrole à la Turquie, la Jordanie et la Syrie « Cette contrebande aurait rapporté entre 6 et 8 milliards de dollars au dictateur irakien et ne peut, en rien, être reprochée aux Nations unies, encore moins à leur secrétaire général». Si on suit la logique de Jacques Almaric, on peut donc se poser des question quand à la responsabilité de Kofi Annan et de l’ONU sur les milliards de dollars restant. Néanmoins, Amalric nous apprend que les pratiques frauduleuses qui entourent le programme « Pétrole contre nourriture » « … mettent en cause un haut fonctionnaire des Nations unies en charge du programme ainsi que des hommes d'affaires et des responsables politiques de plusieurs pays, dont la Russie et la France mais aussi la Grande-Bretagne et les Etats-Unis ».

De son côté, Le Figaro, dans un article du 7 décembre 2004 intitulé « Campagne américaine contre Kofi Annan » informe ses lecteurs des accusations portées par le sénateur Coleman. Toutefois, les affirmations de ce dernier sont décrédibilisées et réduites à une « campagne contre l’ONU ».

La Croix, dans un article du 2 décembre 2004 intitulé, de façon partiale « Kofi Annan dans le collimateur des néoconservateurs américains » n’évoque que très succinctement la motion de défiance sans donner les raisons qui l’ont motivée.

L’affaire « Kojo Annan » est aussi brièvement évoquée mais est interprétée comme une accusation sans fondement des médias et non d’un fait avéré.

Le Monde est le seul quotidien français à avoir traité les informations concernant Kofi Annan et l’ONU de façon impartiale comme le prouve cette série d’articles dont les titres restent neutres :

« L'ONU fragilisée par une grave crise interne »

« Kofi Annan s'efforce d'endiguer les critiques à son encontre »

« Un sénateur américain demande la démission de Kofi Annan »

Du côté de la presse magazine française, seul Valeurs Actuelles, sous la plume de Michel Gurfinkiel, a correctement informé ses lecteurs, et ceci dès le 26 novembre 2004.

Quelle est donc la réalité des accusations portées contre Kofi Annan ?

L’ONU avait affirmé que la mission de Kojo Annan au sein de la Cotecna s’était officiellement achevée en décembre 1998, soit avant que celle-ci ne remporte l’appel d’offre lancé par l’ONU dans le cadre du programme « Pétrole contre nourriture ».

Or, Kofi Annan a reconnu, le 26 novembre 2004, que son fils avait bien été rétribué jusqu’en 2004 par la Cotecna.

Cette information contredit donc l’article qui a été publié par La Croix le 2 décembre 2004.

Les enquêteurs de l’ONU ont révélé récemment, que Kofi Annan a protégé et blanchi deux hauts responsables des Nations unies, Rudd Lubbers, et Dileep Nair impliqués, pour le premier dans une affaire de harcèlement sexuel, et pour le second dans une affaire de favoritisme et de harcèlement sexuel. Les enquêteurs ont en effet conclu que Dileep Nair s'est bien rendu coupable de harcèlement sexuel, comme l'en accusait une de ses employées.

Les accusations de corruption au sein de l’ONU du sénateur Coleman sont fondées sur deux enquêtes : celle qu’il conduit lui-même de façon externe, et l’autre interne à l’ONU menée par Paul Volker. Tant que ces enquêtes ne seront pas terminées et que les éléments de preuves ne seront pas fournis, il sera impossible de conclure sur la réalité de la corruption au sein de l’ONU. Pourtant Le Figaro du 7 décembre a, sans aucune information supplémentaire, assimilé ces accusations à un « prétexte » destiné à mener une campagne contre les Nations unies.

Notons par ailleurs qu’une accusation contre l’organisation des Nations unies a été récemment confirmée. En effet, le porte-parole de l’Onu, Fred Eckhard, a admis le 11 novembre 2004, qu’une boîte noire (celle de l’avion du Président rwandais Habyarimana abattu le 6 avril 1994) avait bien été retrouvée dans un bureau de l’ONU comme le confirme ce communiqué de presse des Nations unies.

Une question se pose alors : pourquoi la plupart des médias français ont-ils occulté ou minimisé les accusations, même celles qui se sont révélées vraies, et qui visent Kofi Annan et l’ONU ?

L’implication d’hommes affaires et de responsables politiques français explique-t-elle la partialité des médias français ainsi que la non divulgation d’informations avérées mettant Kofi Annan en difficulté ?

La plupart des médias français, à l’exception notable du Monde et de Valeurs Actuelles, ont donc enfreint les critères suivants de la méthode PHILTRE : Précision (exactitude de l’information), Homogénéité (présentation équilibrée des avis divergents), Responsabilité (au nom d’une éthique de la vérité, le journaliste ne doit pas choisir de présenter une vérité unilatérale), Exhaustivité (hiérarchisation de l’information, non recours à l’occultation volontaire de certaines informations).

N'hésitez pas à réagir à cet article
Envoyer cet article à un ami
Recevez l'actualité de Media-Ratings :

contact@M-R.fr