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« Je décide et il exécute » : et ça ne choque presque personne !

« Je décide et il exécute » est la phrase prononcée par Jacques Chirac lors de son interview du 14 juillet qui a été la plus médiatisée.

Cette phrase expliquait, selon Jacques Chirac, les rapports de travail existant entre le décisionnaire Chirac et l’exécutant Sarkozy.

Les médias ont semble-t-il eu raison de mettre ces propos en exergue qui mettaient au grand jour l’ animosité que développe le Président de la République envers son Ministre de l’Economie et des Finances.

Mais il semble qu'ils aient oublié le principal.

Il y avait une raison beaucoup plus importante que pratiquement aucun média - excepté le Figaro du 19 juillet (Gilbert Gantier dans les pages débat et opinions) et les Echos du 15 juillet (éditorial d’ Érik Izraélewicz) – n'a relevé dans cette phrase présidentielle.

En effet, il semble que l’inconstitutionnalité du propos n’ait choqué personne.

Ainsi, l’article 5 de la Constitution détermine les pouvoirs du Président de la République :

« (Celui-ci) veille au respect de la Constitution. Il assure par son arbitrage le fonctionnement régulier des pouvoirs publics ainsi que la continuité de État. »

Ce texte n’accorde donc pas au chef de l’État de pouvoir décisionnel. Un tel pouvoir appartient au gouvernement, aux termes des articles 20 et 21 qui stipulent que « le gouvernement détermine et conduit la politique de la Nation et que le premier ministre dirige l’action du gouvernement ».

Ainsi lorsque Jacques Chirac prononce cette phrase, il s’attribue les pouvoir du Premier Ministre et ainsi se place en dehors des textes constitutionnels en vigueur.

Indépendamment du fait que cette phrase est non conforme avec les institutions de la République, cela pourrait avoir de graves conséquences.

En effet, l’article 50 de la Constitution de 1958 stipule que lorsque l'Assemblée Nationale adopte une motion de censure ou lorsqu'elle désapprouve le programme ou une déclaration de politique générale du Gouvernement, le Premier Ministre doit remettre au Président de la République la démission de son Gouvernement.

L’article 50 assure ainsi l’ équilibre des pouvoirs qui est prévu par les institutions de la 5ème République.

Une question se pose alors : qui pourrait venir équilibrer le pouvoir d’un Président qui « décide » ?

Une question se pose aux médias français : comment (et pourquoi ?) l’inconstitutionnalité des propos présidentiels est-elle passée inaperçue ?

Nos experts médiatiques ne connaissent-ils pas le fonctionnement des institutions de la 5ème République ?

Comment peuvent-ils assurer leur rôle de contre pouvoir?

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